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Théâtre en Normandie

« Noces de Sang» au « Rayon Vert » : le désir et la mort

15 Novembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

« Noces de Sang» au « Rayon Vert » : le désir et la mort

Le théâtre de Federico Garcia Lorca est dominé par les femmes : blessées ou impérieuses, « renoncées » » ou révoltées, elles portent en elles toutes les contradictions d'un état de soumission à leur destin qui prend toute sa dimension dans le climat historique d'une Espagne qui se débat avec ses démons et ses peurs.

« Noces de sang» s'inscrit dans une trilogie dont chacun des protagonistes se perdra dramatiquement dans sa propre recherche intérieure.

Il y a chez la Novia de « Noces de sang » comme chez « Yerma » - déjà traduit adapté et mise en scène par Daniel San Pedro – la même quête. Elle pousse l' héroïne à tenter de briser des liens qu'une société immuable a tissés pendant des siècles autour d'une condition féminine plus encore exacerbée par les affrontements fratricides d'une guerre qui creusent les écarts et avivent les ressentiments.

Et puis comme dans « La maison de Bernarda », il y a la mère. Implacable gardienne des traditions, son intransigeance et son angoisse prémonitoire dessinent à grands traits pathétiques les contours d'un drame, qu'impuissante et douloureuse, elle voit se dérouler devant elle.

Personnage central dans « Noces de sang », elle est prête à accepter cette bru qui offusque pourtant sa fibre maternelle mais dans le même temps elle regarde s'enclencher – quand elle ne le suscite pas – un dénouement qu'elle sait irréversible.
La mère, c'est en quelque sorte cette Espagne de la guerre civile qui voit ses enfants s'entre-tuer sans savoir endiguer les flots destructeurs qu'elle entraîne. Et c'est Lorca lui-même aux prises avec ses propres interrogations qui poussent de jeunes hommes à se battre dans d'équivoques affrontements dont l'enjeu n'est plus la femme mais leur propre virilité.

Le désir et la mort sont les dominantes de ce théâtre tout à la fois de l'étouffement et de la liberté. Daniel San Pedro dans l'adaptation et la mise en scène de « Noces de sang » que présentait la « compagnie des Petits Champs » au « Le Rayon Vert » à Saint-Valéry met en évidence la force destructrice d'un monde dont Lorca sera lui même la victime.

Dans une disposition scénique qui fait alterner les tableaux d'une manière très adroite et dans un univers sonore qui gomme curieusement le côté hispanisant de circonstance auquel on aurait pu s'attendre, une jeune distribution s'emploie à donner de l'intimité à une action qui joue surtout sur l'extériorisation. On ne ressent pas toujours la force de cette moiteur des éléments qui enfièvrent tout autant l'imagination que les corps. D'où une certaine distance entre l'événement et la lourde sensualité qui devrait s'en dégager. Mais il reste l'essentiel, à savoir un bel engagement d'une distribution dominée par la fragilité farouche et fière de Clément Hervieu-Léger et la présence tragique et déchirée de Nada Strancar qui donnent à ces amours impossible la démesure de la tragédie.

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