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Théâtre en Normandie

Jean-Romain Vesperini met en scène « Lucia » à l'Opéra de Rouen : Trouver l'adéquation entre les exigences de la partition et les impératifs du livret

8 Septembre 2015 , Rédigé par François Vicaire

Jean-Romain Vesperini met en scène « Lucia » à l'Opéra de Rouen :  Trouver l'adéquation entre les exigences de la partition et les impératifs du livret

Il a 33 ans, et il dit lui-même avoir un pied dans le théâtre et l'autre dans l'opéra.

Fort d'une double formation, de chanteur (il est baryton) et de comédien, Jean-Romain Vesperini qui vient mettre en scène « Lucia de Lamermoor » à l'Opéra de Rouen fait de partie de cette génération qui se trouve confrontée tout à la fois aux exigences de codes qui sont pour la plupart d'une autre époque et les impératifs esthétiques et sociaux qui sont ceux de leur temps.

On pourrait attendre avec une certaine curiosité – appréhension pourrait penser certains - ce qu'il ferait de ce monument de l'art lyrique du XIX° dans lequel la performance vocale prime sur cette crédibilité que l'on aurait tendance aujourd'hui à détourner parfois, à dénaturer souvent, au-delà du raisonnable.

Il se trouve que Jean-Romain Vesperini est un esprit libre et qu'il n'est pas du genre à sacrifier aux modes et aux tentations saccageuses auxquelles l'opéra est trop souvent livré.

Pour lui le retour aux sources ne relève pas de l'exhumation mais rejoint une forme de dépoussiérage nécessité par le besoin d'accorder l'esprit d'une œuvre à ce qu'elle peut dire et démontrer :

« Ce qui m'intéresse c'est avant tout la partition, c'est l'ouvrage et ce qu'il raconte. Je n'ai pas de concept pré-établi à l'égard d'une œuvre. Je la regarde telle qu'elle fut créée, ce qu'elle veut dire – et- non pas ce qu'on veut lui faire dire – et trouver une logique qui la serve auprès du public. On ne peut ignorer ce qu'elle est fondamentalement. On peut lui trouver de nouvelles approches mais on ne peut échapper à ce que dit la musique, à ce qu'elle transmet et à la manière dont les chanteurs doivent d'une certaine manière s'y soumettre. Il ne s'agit pas d'être moderne ou ringard. Il s'agit plus simplement de faire passer entre le public et les chanteurs la réalité d'une œuvre de quelque époque qu'elle soit et celle de ses interprètes. En fait, ce qui est véritablement moderne, c'est l'approche qu'ont les chanteurs... Ce sont eux qui doivent transmettre à travers leur propre jeunesse un message qui peut venir du XIXème siècle sans être pour autant démodé ».

Chez Jean-Romain Vesperini, il y a un amour des chanteurs qui domine son travail et qui d'une certaine manière le dicte. On sent une tendresse particulière pour le bel canto qui derrière les rigidités des codes doit faire oublier la force des conventions :

J'avais monté pour l'opéra de Limoge une « Traviata » deéjà avec Venera Gimadieva et j'avais envie de travailler à nouveau avec elle. J'ai pensé un temps à « Norma » mais nous nous sommes arrêtés sur « Lucia » et j'en suis heureux car elle s'y révèle une interprète qui sait allier les exigences vocales redoutables de Donizetti aux impératifs d'une action dans laquelle elle s'investit totalement. J'ai été chercher dans le roman de Walter Scott de quoi alimenter ma mise en scène… « Lucia » c'est en réalité l'histoire d'une jeune femme moderne qui se trouve laminée par un entourage et des exigences sociales dont elle ne peut s'affranchir d'une certaine manière que dans la folie. J'y ai découvert un monde qui s'écroule, qui s'enfonce progressivement dans la tourbe... monde instable dans lequel Lucia se débat et qui trahit sa propre instabilité ».

Pour lui le travail du metteur en scène est de trouver la péréquation entre entre les convenances d'un livret et l'exigence d'un langage musical qui doit rester le plus fort. C'est pourquoi l'univers qu'il a créé reste à mi-chemin entre la réalité d'une époque et l'intemporalité de l'histoire

« Chaque œuvre génère sa propre dramaturgie. Il faut que le public s'y identifie et que le spectacle parle tout à la fois aux sens sur le plan de l'esthétique et permette une réflexion plus large, plus approfondie sans jamais perdre de vue que la partition et le langage musical sont les éléments essentiels sur lesquels s'appuie la crédibilité d'un opéra ».

Opéra de Rouen - « Lucia de Lamermoor »

Vendredi 2, mardi 6, jeudi 8 et samedi 10 octobre à 20 heures

Dimanche 4 octobre à 16 heures

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junement 12/09/2015 10:36

très intéressant cet interview c'est très rare d'entendre un metteur en scène qui ne veut pas sacrifier
à la mode, celle de transposer, et de respecter er le livret et la